L’économie sociale à la Réunion

Publié le 6 mai 2004 en accès
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Les différentes composantes ont peu à peu trouvé leur place dans le paysage économique et social de notre île, se développant selon des rythmes différents, en fonction des besoins et du contexte locaux :

- présent à la Réunion dès 1831, le monde associatif a connu un essor formidable, mais demeure très mal structuré ;
- dès 1848, les mutuelles ont joué leur rôle, se positionnant sur leurs domaines traditionnels : la santé et le décès ;
- plus contemporain, le secteur coopératif s’est surtout développé dans l’agriculture et l’élevage
- les autres structures de l’Economie Sociale sont également présentes.

En 2000, le secteur de l’économie sociale et solidaire totalisait à la Réunion 3 500 structures et employait 15 000 salariés. Dans notre département qui connaît un taux de chômage record, ce secteur a su s’imposer comme une composante à part entière de la vie économique et sociale locale.

Son potentiel de développement est important car, aujourd’hui encore, de nombreux besoins ne sont pas pris en charge par le secteur marchand, et d’autres apparaissent, notamment avec l’application de normes européennes. Dès lors, il existe des niches d’activités délaissées par les entreprises, faute de rentabilité suffisante, dans des secteurs aussi divers que l’environnement, les services aux personnes, le tourisme, l’accueil des plus jeunes et des personnes âgées...dont le développement permettrait la création de nombreux emplois.

1831-1946 : Naissance et implantation du mouvement associatif à la Réunion

Le mouvement associatif est la forme la plus ancienne de l’économie sociale à la Réunion avec l’apparition, dès 1831, de la Maison de la Charité, sous le nom de " fondation ". Sa vocation : éduquer les petites filles orphelines.

Essentiellement porté par le Clergé, le mouvement associatif prend véritablement son essor avec l’abolition de l’esclavage en 1848.

Divers hospices et asiles voient ainsi le jour, telle " l’Association Saint-François d’Assises " fondée en 1918.

Dans une société coloniale très pauvre, le mouvement associatif s’attache essentiellement à apporter assistance aux plus malheureux, face aux carences des pouvoirs publics, mais cet élan de générosité animé par une poignée de philanthropes, soutenus par le Clergé, trouve rapidement ses limites : face à l’ampleur des besoins, les ressources (cotisations des membres et loteries) sont très limitées.

Dans la première partie du 19ème siècle, l’on assiste à un développement des associations à la Réunion, et surtout à une diversification de leurs domaines d’activités.

Le budget colonial est loin de suffire, et le mouvement associatif s’impose comme l’un des recours pour la mise en œuvre des politiques sociales.

La frontière entre associations et mutuelles est alors infime, la réglementation n’étant pas toujours précise ni appliquée, et les sociétés de secours mutuels abondent largement le budget des associations.

Naissent ainsi l’Association d’Aide Maternelle, l’Association pour la Protection de l’Enfance Coupable et Abandonnée (APECA)...

1846-1983 : Le monde associatif accompagne la modernisation

Avec la Départementalisation, l’évolution est majeure. La Réunion doit intégrer des logiques modernes de développement et les associations, cantonnées jusqu’à présent essentiellement dans leur action en faveur des plus démunis, se font plus militantes. Elles s’attachent à accompagner au mieux la société réunionnaise traditionnelle, issue d’un long passé colonialiste, dans les mutations rapides auxquelles elle est confrontée. On peut alors déjà parler d’une forme de " lutte contre l’exclusion ".

C’est donc tout naturellement, et souvent avec le soutien actif des pouvoirs publics que le monde associatif prend réellement son essor dans tous les domaines : l’éducation populaire, l’aide aux agriculteurs, le sport et les loisirs, la prévention des fléaux sanitaires et sociaux, la culture...

À partir de 1983 : le foisonnement mal maîtrisé

La loi de décentralisation va donner un coup d’accélérateur au développement du monde associatif à la Réunion. Les collectivités locales se voient octroyer de nouvelles compétences, bénéficient de ressources plus importantes. Elles s’investissent dans des domaines nouveaux, avec des moyens accrus, et trouvent dans la loi de 1901 un outil souple et efficace pour la mise en œuvre rapide des politiques publiques.

La société réunionnaise a évolué, le niveau de vie global a progressé, et les associations œuvrent à présent dans les domaines les plus variés.

La société de consommation est bien présente, et la démocratisation de l’accès aux loisirs et à la culture incite à une multiplication d’initiatives associatives.

Par ailleurs, la montée du chômage, accentué à la Réunion par la démographie incite l’Etat et les collectivités à instaurer de nombreux dispositifs d’aides à l’emploi. Aux côtés des collectivités locales, les associations sont éligibles aux aides publiques réservées au secteur non lucratif, et deviennent progressivement un instrument de lutte contre le chômage à la Réunion.

3 200 associations employaient ainsi plus de 15 000 personnes en 1999, dont une majorité d’emplois aidés (CIA, CES, CEC, Emplois-jeunes).

Cette croissance exponentielle n’a pas toujours été maîtrisée : absence de structuration, projets mal définis, déficit de formation, difficultés financières, perspectives de développement imprécises... sont aujourd’hui les problèmes qui se posent le plus souvent.

LES MUTUELLES A LA REUNION : UN SIECLE ET DEMI DE SOLIDARITE ET D’ENTRAIDE

1848-1898 : les " pionniers "

Dès 1946, les Frères des écoles chrétiennes créent la Société Saint-François Xavier, premier signe de l’apparition du mouvement mutualiste dans la colonie qu’était la Réunion à l’époque.

Avec l’abolition de l’esclavage et l’essor de la mutualité en France, apparaît en 1848 la première mutuelle laïque de l’Île : la Société Ouvrière de Secours Mutuel de Saint-Denis.

Elle se fixe pour mission de porter assistance à ses sociétaires, en prenant en charge les frais médicaux et en organisant les obsèques, mais souhaite aussi " défendre les travailleurs ", à une époque où les syndicats n’existent pas encore...

À partir de 1870, un assouplissement de la tutelle fait naître de multiples sociétés de secours mutuels à travers l’île, mais la plupart n’ont pas vraiment d’existence légale ; l’administration coloniale, inefficace, ne les reconnaît pas.

Déjà, les militants mutualistes font preuve d’innovation en dépassant le cadre de la santé et des obsèques : dans le Sud, une société de secours délivre des bourses aux élèves, mais le projet n’est pas soutenu et reste au stade d’expérience locale.

1898-1946 : la solidarité dans la colonie, une nécessité

Avec l’application à la Réunion de la loi de 1898, relative à la mutualité, la tutelle administrative disparaît et la mutualité se voit reconnaître un rôle de protection sociale à but non lucratif.

À la Réunion, Eugène Seymour va jouer un grand rôle dans la relance et la structuration du mouvement : il crée la société " La Prévoyance ", qui tente de mettre en place une caisse de " pensions viagères et de retraites ".

Précurseur de la mutualité scolaire, Eugène Seymour est également à l’origine d’une mutuelle maternelle et de la " Caisse d’Epargne " créée en 1902 par la commune de Saint-Denis.

En 1903, il préside la " Fédération des Sociétés Mutualistes de la Réunion ".

Après sa mort intervenue en 1904, de nombreuses mutuelles se créent, mais beaucoup disparaissent, dans un contexte difficile.

1946-1979 : la Départementalisation change les données

La Départementalisation, la mise en place progressive de la Sécurité Sociale et l’arrivée d’une fonction publique comptant de nombreux militants mutualistes relancent le mouvement.

En 1949, Eugène Agénor-Dutremblay crée la section locale de la MGEN, et les autres branches de la fonction publique s’installent ensuite dans l’île.

Mais les travailleurs du secteur privé ne bénéficient pas du système, car les petites mutuelles locales, peu structurées, ont recentré leur activité sur le décès.

Depuis 1979 : L’Union Mutualiste

Sous l’impulsion de la Fédération Nationale de la Mutualité Française (FNMF) et de la Mutualité d’Outre-mer, naît en 1979 l’Union Départementale des Sociétés Mutualistes de la Réunion, qui se fixe plusieurs objectifs :

fédérer le mouvement départemental ;

créer dans l’île la mutualité pour les salariés du secteur privé ;

développer les œuvres mutualistes ;

faire sortir de l’illégalité les multiples mutuelles obsèques.
C’est ainsi qu’est créée la Mutuelle Interprofessionnelle de la Réunion (MIR), puis la Mutuelle Générale des Salariés de la Réunion (MGSR). À partir de 1980, l’Union devenue Mutualité de la Réunion, suscite la création de mutuelles pour divers publics : artisans (MACIP), personnes âgées (AOS), étudiants...Elle décentralise ensuite ses services dans les quatre arrondissements, crée des centres d’optiques mutualistes, un club de retraités... et innove en s’intéressant aux loisirs avec le lancement de "Voyages Mutualistes".

LE SECTEUR COOPERATIF : UNE FORTE TRADITION AGRICOLE

La naissance des coopératives à la Réunion est quasiment contemporaine de celle de la métropole. Les premières créations ont été initiées peu après-guerre mais des cheminements plus complexes du fait des difficultés d’organisation de la profession ont ralenti leur mise en place. On peut distinguer quatre grandes périodes.

1950-1956 : les coopératives filles de la misère

"Pour survivre, il faut s’unir"

Cette période caractérise le début du mouvement coopératif dont l’objectif est de se protéger des intermédiaires. L’organisation professionnelle est du type collectif, appuyé par quelques propriétaires qui veulent aider leurs colons et qui ont compris l’intérêt de favoriser la diversification. Les principales étapes de cette période sont :

1950 : création de la Coopérative Vanille ;

1962 : création de la SICALAIT ;

1963 : création de la CAHEB.
1956-1970 : le développement agricole par les SICA

" La structure doit créer l’organisation "

L’inorganisation professionnelle entraîne une forte intervention de l’administration qui interfère dans les structures pour aider à organiser la production et la mise en marché. Une société d’aménagement semi-publique, la SATEC, est chargée de mettre en place et de gérer ces Sociétés d’Intérêt Collectif Agricole. On assiste alors à la création de :

SICA PORC

SICAMA

SICAFLEURS

SICA PATATE
Le système SATEC échoue car le monde agricole ne s’est pas senti concerné par la gestion de ces outils.

Dès cette époque, nous assistons à la naissance des premières véritables coopératives d’approvisionnement sur l’initiative de quelques agriculteurs aidés par la DSA (Direction des services agricoles, actuellement DAF). Ainsi, ont pris naissance :

la CANA ;

la COOP AVIRONS ;

la COOPA OUEST.

1970-1979 : les coopératives et les plans de relance

"Les agriculteurs se regroupent autour de projets par produit"

La Réunion s’adapte aux mesures nationales et européennes qui interviennent fortement sur l’agriculture Réunionnaise à travers le FORMA (Fonds d’Orientation des Marchés Agricoles), puis de l’ODEADOM. La profession se structure localement au sein de coopératives spécialisées par produit. Nous assistons ainsi à la création de :

la CPPR (porcs) ;

la COOPE MIEL (miel) ;

la CPLR (lapins) ;

la SICA REVIA (viande bovine) ;

la SCAAR (volailles) ;

la TROPICOOP (fruits et légumes) ;

le CHAI DE CILAOS (vin).
À partir de 1979 : investissement des coopératives vers l’aval
" Les coopératives structurent leurs filières "

Compte tenu du succès obtenus dans les filières de production, les coopérateurs demandent de nouveaux services aux coopératives. Ainsi se créent les coopératives de moyens et de services, ainsi que les premières unions de coopératives. Ainsi sont nées :

l’URCOOPA (aliment du bétail) ;

la SICABAT (abattoir porcin) ;

la SICABOVIN (abattoir bovin) ;

la SVP (découpe viande) ;

le CRIAP (centre insémination porcine) ;

la SICA AUCRE (traitement des sous-produits d’abattage).
Et plus récemment :

CRÊTE D’OR (abattoir volailles) ;

COUVEE D’OR (production poussins) ;

OVOCOOP (transformation œufs) ;

SARL CENTRALE FRAIS (transport du frais) ;

UR2 (transformation vanille) ;

CANAVI-BOTANICA (engrais-phyto) ;

CPCR (production de cabris) ;

COOP VIVEA (légumes) ;

SA CENTRALE FRAIS (plate forme) ;

SICA VIVEA (plate forme logistique) ;

AQUACOOP (poissons) ;

REUNILAIT / CILAM (produits laitiers).
Créée en 1979, la Fédération Réunionnaise des Coopératives Agricoles (FRCA) regroupe l’ensemble des coopératives, SICA et CUMA de l’île.

Le monde coopératif réunionnais est donc très majoritairement axé sur les filières liées à l’agro-alimentaire.

La culture coopérative semble avoir des difficultés à s’imposer dans d’autres secteurs où les tentatives réalisées dans les années soixante-dix ont souvent échoué.

Depuis 1992, une " Société Coopérative de Production ", la Coopérative Ouvrière de la Réunion (COR) a gagné sa place sur le marché de la manutention portuaire.

LES BANQUES ET SOCIETES MUTUELLES D’ASSURANCE PRESENTES A LA REUNION

Dès 1902, les syndicats agricoles donnent naissance aux premières caisses locales, profitant de la promulgation à la Réunion de la loi de 1894 régissant les Sociétés de Crédit Agricole Mutuel.

La Départementalisation entraîne en 1949 la dissolution de la Caisse Réunionnaise du Crédit Agricole, au profit d’une nouvelle caisse mutuelle : la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel de la Réunion.

Ses vocations premières : œuvrer au développement de l’agriculture, offrir des prêts à court et à moyen terme, financer l’habitat agricole, améliorer les conditions de vie et d’hygiène.

Les dix années qui suivent voient la création de Caisses Locales dans tous les arrondissements. Le Crédit Agricole finance l’habitat rural, et notamment la création du village de Cambourg, intervient dans la réalisation de grands travaux d’équipement tels que la Route du Littoral, la centrale hydraulique de Langevin...

À partir de 1961, sous l’impulsion de son nouveau PDG Jean de Cambiaire, les actions s’intensifient dans les domaines de l’habitat avec les cases TOMI, de la coopération avec le sauvetage de la filière géranium, de la réforme foncière (création de la SAFER) et de la promotion de l’élevage bovin.

Depuis le début des années 80, la réglementation bancaire a beaucoup évolué, et le Crédit Agricole a diversifié ses interventions.

Premier établissement bancaire de l’île, il est la banque de la quasi-totalité des agriculteurs, et reste profondément attaché au développement agricole.

Il a ainsi participé à la création de la SEMEX, de la SEFAR et à la restructuration de la SEDAEL en 1987.

Banque mutualiste, il compte plus de 50% de ses clients engagés comme sociétaires et affirme sa volonté de proximité à travers son réseau d’agences historiquement bien implanté sur toute l’île.

Ce n’est plus la seule banque mutualiste de l’île depuis l’implantation de la BRED (Banque Populaire) dans notre département.

La BRED représente en effet le réseau Banque Populaire à la Réunion, et s’implique localement dans l’économie sociale.

Le début des années 80 a par ailleurs été marqué par l’installation à la Réunion des sociétés mutuelles d’assurance : MAIF, MAAF,... qui occupent aujourd’hui toute leur place sur le marché.



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