Il y a 70 ans, un certain Primo Levi était libéré d’Auschwitz

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Il y a 70 ans, un certain Primo Levi était libéré d'Auschwitz

Chimiste italien, arrêté en 1943 comme résistant puis déporté en tant que Juif, Primo Levi a été libéré d’Auschwitz le 27 janvier 1945 avec 7 500 autres survivants de la Shoah. L’association, créée cinquante ans plus tard pour soigner les personnes de toutes origines victimes de la violence politique, a pris son nom en hommage à son œuvre de témoignage.

Il n’avait que 24 ans lorsqu’il a été dénoncé comme résistant et envoyé à Auschwitz ; il venait, seulement deux ans plus tôt, de soutenir brillamment sa thèse de chimie. Ce n’est qu’à la libération du camp par l’Armée rouge, le 27 janvier 1945, que l’ampleur des violences commises par la barbarie nazie a été révélée. De ce camp de travail, de concentration et d’extermination qui a vu la mort de plus d’un million de personnes, Primo Levi sera parmi les 7500 à sortir vivant et l’un des 88 à revoir sa patrie.

Deux ans plus tard paraissait son premier livre, Si c’est un homme. C’est ainsi que débuta l’œuvre de sa vie, celle de témoigner inlassablement de ce qu’il avait vécu, jusqu’à sa mort en 1987.

C’est en hommage à cette œuvre de témoignage que l’association Primo Levi, cofondée en 1995 par Amnesty International, l’ACAT et Médecins du monde et rebaptisée Centre Primo Levi en 2013, a pris ce nom avec l’accord de la veuve de l’auteur. L’association avait (et a toujours) pour mandat principal d’accueillir et de soigner des personnes de toutes origines victimes de la torture et de la violence politique. Cependant, comme il est impossible de soigner l’ineffable sans en témoigner, un volet « sensibilisation et témoignage » a été développé en parallèle. « Il ne s’agissait pas de dénoncer les violations des droits humains, ce que faisaient déjà certains des fondateurs de l’association comme Amnesty International et l’Acat, explique Sibel Agrali, cofondatrice et directrice du centre de soins, mais de témoigner des effets de ces violations sur les personnes qui en sont victimes. »

Le nom de Primo Levi est mondialement connu, mais le caractère universel de ses écrits l’est beaucoup moins. Dépassant en effet le contexte historique de la Shoah, les réflexions qu’il nous a léguées révélaient, peut-être pour la première fois, les mécanismes de la déshumanisation et ses effets, lesquels sont malheureusement toujours d’actualité. Aussi l’association s’est-elle engagée à témoigner pour ceux qui ne peuvent le faire, pour dénoncer les effets des violations des droits humains, en suivant le modèle de retenue et de rigueur des écrits de Primo Levi.

La vigilance face aux négationnistes reste nécessaire, partout. Connaissant l’effet dévastateur sur les victimes de torture, de comportements ou de propos niant ou minimisant les actes de leurs tortionnaires, le Centre Primo Levi est tout particulièrement sensible à une autre forme de négation, très présente aujourd’hui : dans le contexte général de la fermeture des frontières de l’Europe, de racisme et de repli identitaire, le refus de nos gouvernements d’accorder l’asile politique à des personnes victimes d’atrocités constitue une cruelle négation de leur vécu et des répressions qu’elles ont subies.

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