Petit argumentaire pour les détracteurs de l’économie sociale et solidaire

Publié le 11 mars 2004 en accès
Commentaire(s) :

1- "Alors que l’économie sociale et solidaire reçoit des aides directes ou indirectes, l’entreprise privée, elle, doit se débrouiller seule dans un marché de plus en plus concurrentiel..."

Comme si l’état et les collectivités n’avaient pas investi des sommes considérables directes ou indirectes pour que Disneyland s’installe à Marne-la-Vallée...

Comme si l’avoir fiscal sur la bourse ne finançait pas pour plus de 40% les entreprises privées ... étrangères.

Comme si les choix de ses sous-traitants par Totalfina n’avait rien coûté à la collectivité...

Comme si l’essentiel des "aides" perçues par les entreprises de l’ESS n’étaient pas en réalité un véritable chiffre d’affaire correspondant à des prestations rendues à la collectivité, au même titre que celles perçues par Bouygues ou Vivendi pour construire un pont ou distribuer de l’eau...


2- "Les statuts de l’ESS, coopératif en particulier, offrent des avantages qui sont de la concurrence déloyale"

Les avantages auquel il est fait allusion ont tous des contreparties : impartagibilité des réserves, obligation d’affecter une part importante des résultats aux salariés, limitation des dividendes, etc...
Si toutes ces contraintes sont acceptées et les avantages si importants, alors pourquoi ne pas choisir un statut d’ESS pour en profiter ?


3- "L’économie sociale et solidaire est soit le prolongement des actions de l’état, soit un défricheur de nouvelles rentabilités pour le privé"

Logique imparable : puisque selon l’économie libérale une entreprise ne peut envisager que des activités rentables, dès qu’une activité nouvelle devient rentable, elle doit être menée par une entreprise "classique".
Dans ce raisonnement, l’ESS ne peut être qu’un poisson pilote qui cédera sa place à plus ou moins long terme.

D’un autre point de vue, symétrique, certaines doctrines étatistes ne conçoivent l’ESS que comme faisant partie du service public. Un peu comme une mairie qui suscite la création d’une association pour pouvoir mener plus souplement des activités.

Dans les deux cas, il s’agit de raisonnements conçus en dehors de l’ESS et sans qu’elle ait son mot à dire.

Mais celà ne doit pas nous empêcher d’en profiter pour réfléchir au problème. Car, d’une certaine manière, si ce sont d’autres que nous qui nous définissent, c’est aussi notre faute.
A trop attendre de l’état qu’il vienne à notre secours, ou au contraire à n’être occupé que d’augmentation de chiffre d’affaires ou de développement quantitatif, nous nourrissons le risque d’éclatement entre nos différents statuts et de partir séparément à des batailles perdues d’avance, d’être récupérés, instrumentalisés ou maintenus à la marge.

Rendre perceptible la réalité de l’ESS, et nous donner les moyens de la défininr nous-mêmes suppose une réflexion d’ensemble et quelques remises en cause douloureuses.


4- "L’économie sociale et solidaire se construit sur le désengagement de l’État "

Puisqu’on demande à l’état d’être moins interventionniste, puisque le marché se régule tout seul ...
Vous savez bien : 1 emploi de perdu, 10 de retrouvés...

Il faut bien que quelqu’un ou quelque chose assure une fonction de solidarité transitoire dans l’hypothèse ou les 10 emplois ne se retrouveraient pas tout de suite ou dans celle où parmi eux il n’ y aurait pas une place pour celle ou delui qui a perdu le sien !

En utilisant une terminologie d’apparence progressiste, cette théorie est en fait la négation du rôle historique joué par l’économie sociale en matière de capacité entrepreunariale et d’innovation sociale et escamote le vrai problème des relations entre politique et économie.


5- "La non-lucrativité de l’’économie sociale et solidaire en fait soit la cinquième roue du carosse, soit un paradis protégé"

Fortement influencé par une conception anglo-saxonne qui considére la non-lucrativité comme critère déterminant, cette idée consiste à envisager l’ESS comme une solution de troisième rang qui n’interviendrait qu’aprés les échecs du marché et de l’État, idée qui, au passage, permet de séparer le milieu associatif -seul à être non-lucratif par nature-, des coopératives et mutuelles.
Ajoutons à cela que le caractère non lucratif est souvent interprété comme incompatible avec la possibilité de faire du résultat ou des bénéfices.

Or, la non-lucrativité ne se définit pas comme une limite aux résultats économiques d’une activité mais comme une limite à l’appropriation privée de ces résultats. Ce qui place bien coopératives, mutuelles et associations dans un ensemble différent des entreprises privées.
cette idée réductrice dénie à l’ESS le droit de choisir elle-même ses terrains d’intervention et surtout a pour conséquence de lui interdire le réinvestissement de ses résultats ou la mise en place d’outils financiers communs à ses trois composantes.

Une autre idée plus angélique celle-là, mais qui utilise également la non-lucrativité comme critère, est celle d’un secteur ou l’argent n’interviendrait pas, basé sur le bénévolat et l’entraide.
cela aboutit à faire de l’ESS un secteur mytique et idéalisé, protégé de la "contamination de l’argent", sans luttes de pouvoir. Or, nous savons bien que nous avons tous à règler dans nos organismes, des problèmes d’intérêt, de pouvoir, de domination qui se mêlent au choix démocratique et, à la volonté de progresser collectivement.
Mais avant tout, cette idée installe une coupure entre secteur marchand et non-marchand.

L’ESS n’est pas une bulle de perfection dans un monde de brutes assoiffées de dollars.
L’économie sociale et solidaire n’est pas un secteur à part, c’est un secteur à part entière.


6- "L’économie solidaire est une économie de la misère"

Dans cette version qui place l’ESS encore une fois comme un secteurà part, le rôle qui lui est dévolu est de s’occuper des personnes qui ne peuvent trouver un emploi non pas parce que le travail manque, mais parce qu’elles en sont personnellement incapables.
Quand l’emploi se détériore, on entend moins cette idée.

"Petits boulots", traitement social du chômage, L’ESS aurait pour but "d’occuper" les inoccupés.

A nous de refuser l’instrumentalisation et de toujours accompagner nos actions dans l’urgence d’une réflexion suffisante préservant le sens et l’ambition qui nous animent, au delà du seul exercice de nos activités.
De nombreux auteurs ont émis l’idée que l’ESS, au XIX e siècle, était née de la misère.
C’est sans doute vrai,... mais c’était pour en sortir, pas pour y rester.



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