Présentation et charte d’activité de Vecam

Publié le 16 septembre 2004 en accès
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Elle a été créée en réaction au G7 sur la Société de l’Information de 1995, à l’initiative de la revue Transversales Sciences culture, et de la Fondation Charles Lépold Mayer et entend contribuer au débat sur les enjeux sociétaux liés à ces technologies, donner de la visibilité aux initiatives sociales, culturelles, et démocratiques les utilisant et relier les acteurs porteurs de ces initiatives. Le projet de Vecam associe la réflexion et l’action.

Charte de Vecam

Version2// 4 mai 2003 (rédigée par Claude à partir de sa proposition et de la réaction de Michel)

Si Internet est né des besoins d’échanges entre laboratoires informatiques, très vite le réseau s’est construit en monde ouvert au-delà des frontières face au monde fermé et propriétaire des grands groupes d’informatique et de télécommunications. C’est au Cern à Genève que des chercheurs ont inventé le web, vitrine ouverte de publications, puis d’écrits des uns et des autres reliés par une myriade de liens tissés au gré de multiples rencontres. Porté par la vague du développement des technologies numériques, soutenu par une administration américaine en quête de nouveaux moyens de dominer le monde, Internet s’est répandu à travers la planète comme le support d’échanges entre des centaines de millions de personnes. Cette contradiction entre les usages sans cesse ré-inventés par des communautés d’utilisateurs et l’outil de mondialisation, de privatisation des médias et des biens culturels est au cœur de la volonté de compréhension du monde de l’association Vecam.

Avant-hier, Internet était une mode, aux yeux de nos ministres et de nombres de responsables de la nomenkaltura technologique. Hier nos dirigeants misaient des fortunes d’argent public sur les illusions d’ un marché sans limite. Aujourd’hui insensibles à ces visions à court terme, et à une trompeuse banalisation individualisante, des utilisateurs de plus en plus nombreux plébiscitent l’usage d’outils qui répondent à leur besoin d’échange., c’est une trompeuse banalisation marchande qui serait en marche. En réalité, chaque avancée des connectivités -intermittente, permanente, fluide, à haut débit- chaque nouvelle interaction multimédia à travers texte, photo, son, image, chaque coopération repose la question de l’inégalité d’accès, de la différence entre usages coopératifs ou consuméristes, du contrôle des personnes et des échanges d’idées et des libertés. Au carrefour des possibles, c’est pour un avenir démocratique et coopératif que Vecam entend agir.

Notre monde est sans cesse plus ouvert : marché et régulations, privatisations et bien public, fortunes et solidarités, pouvoirs et coopérations se confrontent au-delà des nations. Vecam entend, dans son domaine, contribuer à une veille vigilante des évolutions en cours, à l’effort pour les comprendre, dire les déséquilibres et soutenir les alternatives au marché ; pour que les chances soient données à tous les humains, dans le but de développer leur créativité, leur autonomie et leurs liens, de se saisir des potentialités des dispositifs numériques et de leurs mises en réseaux.

Le champ est immense, et il faut le penser dans toutes ses facettes, en travaillant activement en réseau avec les acteurs du logiciel libre, et des collectifs de citoyens de l’humanité, femmes et hommes libres qui choisissent le numérique comme une variable déterminante de leur action. L’association choisit les entrées qu’elle privilégie dans les enjeux les plus vifs du moment dans ce domaine, ceux sur lesquels devraient intervenir les politiques. VECAM se donne aussi comme rôle d’interpeller ces derniers.

Bousculés par les enfantements techniques des machines et des réseaux dont la fragilité apparente nous désarçonne souvent, nous accédons à de nouveaux espaces de communications. On aurait tort d’appeler ces espaces " virtuels " tant ils sont ancrés dans le réel de nos sociétés. Chacun d’eux recèle risques et opportunités.

Au sein d’une économie qui se déclare unique, s’expérimentent des nouvelles manières d’échanger des biens et services. On peut y penser autrement ce qu’est la valeur des choses, des connaissances et des liens, cerner ce qui ne peut pas et ne doit pas être vendu, donc acheté. La révolution numérique a favorisé une mondialisation financière exacerbée. Mais elle permet aussi que s’épanouissent des formes nouvelles, comme le commerce équitable, et la lente organisation d’un espace productif moins hétérogène, à l’intérieur de chaque pays et entre les nations et continents.

Un prodigieux espace informationnel est désormais à portée de clic. Ceux qui ont les accès et les compétences nécessaires peuvent faire connaître leurs activités et prendre connaissances de personnes et de réseaux qui pourraient devenir des alliés, ou d’autres qu’il serait urgent de circonvenir. Si certains appétits marchands sont contenus, c’est à un vaste patrimoine de données auquel un très grand nombre de personnes devraient accéder dans les années à venir. Mais comment juguler les risques de formes excessives de " traçabilité des personnes " et les menaces qu’elles font peser sur les libertés fondamentales.

L’ espace de données précédent donne accès à un autre espace qui lui est directement relié, sans qu’ils ne se confondent : un lieu véritable d’échanges de connaissances est en gestation. L’économie de l’immatériel cherche sa voie, ses règles et son droit. Un équilibre entre la rémunération des créateurs, une juste place, donc limitée, pour les intermédiaires de toutes sortes, le plus possible d’échanges directs, voici un univers à construire, en repensant la propriété intellectuelle sous toutes ses formes, mais aussi les moyens d’élaboration de l’intelligence collective.

Des pratiques collectives nouvelles sont à l’horizon. Des " communautés en ligne " sont nées depuis vingt ans, dans des milieux très restreints. Ni les appétits marchands, ni la recherche n’ont fait de ce secteur un champ d’investigations bien vivant. Ses potentialités sont pourtant immenses, depuis le niveau le plus local jusqu’à toutes les formes de réseaux mondiaux en cours de constitution. De nombreux groupes vont pouvoir " faire face collectivement " à un environnement souvent difficile, voire conflictuel ; également à des projets d’invention et de culture collective, sur une base de liberté, d’égalité et de volontariat. Un principe " associationniste " semble en émergence, liant des personnes de plus en plus autonomes, faisant reculer les volontés communautaristes qui rongent encore des pans de nombreuses sociétés.

Au fond, à partir de ces divers espaces, il faut sans aucun doute porter un plus grand nombre possible de réflexions et d’efforts sur ce qu’on peut appeler un " super-espace ", l’espace de la recomposition du politique. Deviennent aujourd’hui accessibles des formes de réanimation du débat public, des opportunités de revivifier la démocratie représentative par une démocratie participative effective et inventive. Les réseaux permettent de produire de l’espace public là où il fait défaut. Ce peut être vrai dans une commune, lorsque le lien est rompu avec les élus ; c’est encore plus vrai à l’échelle du monde, là où, comme le dit Edgar Morin, nous avons des éléments de " hardware " pour construire un monde vivable, mais pas le " software " nécessaire, c’est à dire une politique internationale visant une certaine cohérence entre les cultures et les choix de sociétés. La question du rôle de la société civile, de ses formes de légitimité, des risques de son instrumentalisation par le politique, mais aussi de celles des formes nouvelles de partage du pouvoir en son sein sont ici au centre des préoccupations.

L’association Vecam poursuit une réflexion sur les dispositifs techniques du monde du numérique. Elle cherche à faire évoluer, avec d’autres acteurs, le mouvement des techniques, en particulier celles des réseaux et des logiciels dans les secteurs où elle intervient, en ayant l’ambition raisonnée de mobiliser des forces de l’innovation technique.

L’association n’ignore pas les difficultés de constitution de chacun des espaces évoqués ci-dessus. Au contraire, elle travaille activement pour tenter de les réduire, en ne séparant pas réflexion et action ; par la conduite de quelques expérimentations et en en mutualisant les résultats avec ceux d’expériences similaires dans les réseaux alliés.

Nous sommes convaincus que chaque expérimentation, chaque mouvement social qui la porte, posent des questions qui les dépassent, et que ce qui s’y invente crée des opportunités de transformation des situations d’aujourd’hui, parfois si bloquées et même si régressives.

Claude Henry
Michel Briand



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