Economie Sociale et Solidaire : les propositions de Pierre Duponchel, président-fondateur du Relais, pour un mode d’entreprendre au service de l’homme

Publié le 12 décembre 2012 en accès
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A l’issue d’un mois de novembre intense et prolifique dans le secteur de l’ESS, Pierre Duponchel, président-fondateur du Relais énonce trois propositions simples pour soutenir le modèle alternatif d’entreprise à but social, qu’il expérimente depuis bientôt 30 ans.
Des préconisations nourries par ses échanges avec Martin Hirsch, Philippe Vasseur et bien d’autres, à l’occasion du World Forum Lille ou du débat « Et les Autres ? » à l’initiative d’Emmaüs et du Relais Nord - Pas-de-Calais. Détails et verbatim...

1. Faire une place à l’entreprise à but social aux côtés de l’entreprise traditionnelle

« Sur le plan social, au Relais, nous n’avons rien inventé avec l’entreprise à but social. Nous avons simplement concrétisé et incarné une idée qui date du siècle précédent : l’économie doit être au service de l’homme et non plus uniquement servir le profit. L’échelle de valeur y est inversée pour revenir à l’être humain. C’est un modèle alternatif et solidaire dans lequel l’efficience et la rentabilité économique constituent plus que jamais des conditions de réalisation des objectifs sociaux. Mais attention, ce n’est pas un modèle autarcique. Nous ne nous affranchissons pas des modèles économiques existants, au contraire, nous nous reposons sur l’économie de marché. Simplement, nous abordons le secteur marchand avec d’autres finalités. Ainsi, nous avons fait le choix de l’activité textile et du réemploi, un secteur porteur en termes de création d’emplois car nécessitant une main-d’œuvre nombreuse et peu qualifiée. Et ni le choix du secteur, ni celui de mettre l’économie au service de l’homme n’ont entamé notre réussite. »

Philippe Vasseur, Président du Réseau Alliances et du World Forum Lille, à l’occasion du débat « Et les Autres ? » à Bruay-la-Buissière (62) : « L’opposition entre l’économie de marché et l’économie sociale et solidaire n’a plus de sens. Toutes les formes d’entreprises peuvent coexister. »

2. Assurer la reproduction d’un modèle, qui a fait ses preuves

« Avant de penser à reproduire le modèle, d’être légitime pour le porter, nous sommes partis du principe qu’il fallait d’abord faire la preuve que c’était possible, que notre finalité - créer de l’emploi durablement - était réalisable. Aujourd’hui, c’est le cas. Nous avons créé 2 000 emplois en moins de 30 ans et le Relais est une entreprise rentable. Son taux de croissance est de l’ordre de 12 % depuis 5 ans, de quoi faire des envieux parmi les entrepreneurs classiques... La recherche de cette performance sociale alliée aux moyens matériels de l’efficacité économique a bien crée de l’activité, de l’emploi et de la richesse.

Aujourd’hui, soutenir l’entreprise à finalité sociale, c’est vouloir que la société reconnaisse qu’il est possible d’aborder l’économie de marché avec d’autres valeurs que l’entreprise classique. Et sa reproduction dans d’autres champs que l’activité textile est possible. Il n’y a pas de risques. Ni pour la société, ni pour les grandes boites. Le seul risque à prendre, c’est de donner un éclairage, un coup de projecteur sur ce mode d’entreprendre et l’envie à d’autres de se lancer dans cette aventure pour que le secteur puisse vraiment se développer. »

Geert Demuijnck, professeur d’éthique à l’EDHEC Business School à l’occasion du World Forum Lille 2012. : « Le Relais n’a aucun objectif de profit mais un objectif d’intégration sociale. Les gens qui réfléchissent au-delà du rentable à court terme créent bien plus de valeur. »

3. Donner de la visibilité à l’entreprise à finalité sociale auprès des futurs entrepreneurs

« Lors de mes interventions à l’ICAM, à l’Ecole des Mines de Douai ou même devant les étudiants présents en nombre au World Forum Lille, je constate que les jeunes ne connaissent pas d’autres modèles économiques que l’entreprise classique. Et pourtant, certains d’entre eux ont envie d’une vie professionnelle différente, ils ne courent pas après le profit et l’enrichissement des actionnaires, mais sont à la recherche d’autres valeurs. Il est primordial d’accorder davantage de lisibilité aux SCOP, aux entreprises à finalité sociale, aux entreprises insérantes du secteur marchand...Dans le milieu professionnel classique, la subversion positive est en marche. De l’intérieur, des hommes et des femmes relaient désormais des messages de responsabilité sociétale et environnementale et réfléchissent au delà de la rentabilité immédiate. Dans ce mouvement de fond, qui est probablement un bénéfice des difficultés économiques que nous traversons, il n’y plus d’opposition entre la performance sociale et la performance économique. L’objectif pour nous aujourd’hui est que cette pensée dépasse le monde de l’ESS. On espère être contagieux et suscité des vocations chez les futurs entrepreneurs, les décideurs de demain. »

Martin Hirsch, Président de l’Agence du Service Civique, Ancien Haut-Commissaire aux Solidarités Actives et Ancien Président d’Emmaüs France, à l’occasion du débat « Et les Autres ? » à Bruay-la Buissière (62) : « Pour exercer des responsabilités il ne faut pas simplement avoir été un as de la finance il faut avoir pu montrer de l’attachement à des projets solidaires. Avec le service civique, nous avons créé un système permettant aux jeunes d’accéder, en fin de service, à des formations, des écoles de management... Ils pourront ainsi exercer des responsabilités en ayant été contaminés au préalable par l’idée de l’intérêt général, par l’idée du but social. Du coup, ils le conservent et l’inoculent à leur tour. »



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