Martin Hirsch : tout reste à faire

Publié le 28 janvier 2009 en accès
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L’extension du portefeuille de Martin Hirsch aux questions de jeunesse laisse espérer un retour sur la scène publique de débats plus construits sur les enjeux des nouvelles générations que la caricature qui met en scène des jeunes « sauvageons » - « racaille » dont on redoute la prochaine poussée de fièvre et une jeunesse dorée individualiste qui a mieux à faire que de s’inquiéter du sort de la collectivité.

En effet, l’homme est habile et peut essayer de convaincre qu’il s’agit là d’un « enjeu de civilisation », qui mérite un diagnostic partagé et la mobilisation de tous. Car tous les départements ministériels ou presque sont concernés. L’autorité dont il dispose sur des directions des ministères des affaires sociales et de l’enseignement supérieur dessine un caractère interministériel déterminant pour répondre aux besoins des jeunes. Reste à espérer qu’il pourra effectivement en disposer et que ce Haut commissariat ne se limitera pas à un (quasi ?) ministère de la parole. D’ores et déjà, certains pans essentiels de la question ne seront pas traités puisque les directions concernées du ministère chargé du logement lui échappent.

Au-delà, l’Etat seul ne peut rien. Pour répondre aux aspirations de la jeunesse et aux questions intergénérationnelles posées, il faudra l’implication conjointe des collectivités territoriales et des associations notamment, dans un climat de confiance où les jeunes (et leurs familles) constatent qu’une place leur est faite dans le débat sur leur propre avenir.

Car les enjeux sont de taille. La massification du secondaire puis de l’enseignement supérieur n’a pas tenu toutes ses promesses. Les inégalités dans l’insertion professionnelle persistent et toute la jeunesse est désormais inquiète de la précarisation de l’emploi. Les effets de redistribution recherchés par une importante palette d’aides sociales aux familles et aux jeunes eux-mêmes sont limités et le système ne tient que grâce aux solidarités familiales qui renforcent les inégalités. Les enquêtes montrent que c’est à 65 ans que les Français sont les plus heureux ; le taux de suicide des jeunes français ne cesse de croître. Sans même parler de la faible présence des jeunes générations dans les lieux de pouvoirs et en particulier parmi la représentation politique.

Le Haut commissaire parle d’une politique qui allie travail, formation, allocation et accompagnement et qui vise l’autonomie des jeunes. On ne peut que partager cet objectif. En effet, le plus paradoxal, c’est que les jeunes n’ont jamais été autonomes si tôt que dans ces temps où ils gagnent leur indépendance si tard. Au point que les deux frontières de la jeunesse sont questionnées ; les plus englobantes des politiques publiques veulent s’adresser aux 12 à 30 ans ! Mais l’accès à l’autonomie ne peut se faire qu’avec une politique éducative qui combat les inégalités et une politique fiscale et sociale égalitariste. Il ne faudrait pas que l’appel à leur autonomie signifie en fait que les jeunes n’ont que ce qu’ils méritent.



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