La mutualité doit faire plus et mieux pour le Handicap

Publié le 2 février 2006 en accès
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Lors de l’inauguration de la Maison d’accueil spécialisée « Le Champ Rond », le 10 décembre 2005 à Grenoble, Jean-Paul Panzani a déclaré : "je voudrais dire aujourd’hui la fierté qui est la mienne mais qui est celle aussi de la Fédération des mutuelles de France et pour tout dire du mutualisme français d’être ici non pas pour inaugurer cette maison d’accueil spécialisée puisque cette maison du « Champ rond » est ouverte depuis le mois de juillet dernier mais pour saluer la qualité de cette réalisation et le caractère exemplaire de la démarche entreprise en ce lieu par tous les acteurs".

Je voudrais dire aujourd’hui la fierté qui est la mienne mais qui est celle aussi de la Fédération des mutuelles de France et pour tout dire du mutualisme français d’être ici non pas pour inaugurer cette maison d’accueil spécialisée puisque cette maison du « Champ rond » est ouverte depuis le mois de juillet dernier mais pour saluer la qualité de cette réalisation et le caractère exemplaire de la démarche entreprise en ce lieu par tous les acteurs.

Quand je parle de qualité je pense en premier à la qualité des relations que depuis fort longtemps les Mutuelles de France de l’Isère entretiennent avec les collectivités territoriales, les autorités sanitaires et sociales ainsi qu’avec les associations et singulièrement les associations de parents. C’est cette relation nourrie de confiance réciproque et de reconnaissance des compétences gestionnaires et humaines acquises par le mouvement mutualiste qui a permis non seulement la finalisation de ce projet mais également le lancement de nouveaux chantiers dont vous parlera, beaucoup mieux que moi, mon ami Daniel Berthon.

Ouvrir une structure d’accueil comme celle-ci dans un pays comme le notre qui recense moins de 300 maisons d’accueil spécialisée sur tout son territoire et forcement un événement qui dépasse les frontières d’un département.
Raison de plus pour moi de souligner le dynamisme dont ont su faire preuve les acteurs de ce département car chacun sait bien que c’est dans le secteur médico-social que les disparités, pour ne pas dire les inégalités territoriales, sont les plus marquées. J’en sais quelque chose puisque mon département, la Corse du Sud, figure parmi ceux qui sont les moins équipés en structures médico-sociales.

Cette réalisation est aussi exemplaire de la démarche partenariale pour laquelle, aux Mutuelles de France nous oeuvrons sans relâche. Car derrière ce partenariat gestionnaire on devine une volonté de dépasser les cloisonnements administratifs, de supprimer les frontières sectorielles entre système de soins et système de soutien et d’accompagnement aux personnes. Je sais que cette démarche d’ouverture et de dialogue entre structures est encouragée dans l’Isère comme en témoigne l’activité du groupe « Handicap et Hôpital » mis en place par l’Office départemental des personnes handicapées. C’est ainsi avec la multiplication de toutes ces initiatives que dans le respect des compétences et des prérogatives politiques et économiques de chacun nous pouvons, les uns avec les autres, construire une prise en charge ou l’individu reste bien au cœur des préoccupations de tous les acteurs.

Mon souhait le plus cher serait que ce partenariat possible dans le champ médico-social entre mutualité, mouvement associatif, représentants de l’Etat et assemblées territoriales, puisse l’être aussi dans l’organisation des soins de proximité auxquels participent les centres de santé et notamment les centres de santé mutualistes. Car ici aussi il y a des barrières et notamment en matière de financement qu’il faudrait faire tomber dès lors qu’il s’agit de répondre à l’intérêt général.

La fierté qui est la nôtre aujourd’hui ne doit pas l’emporter sur la modestie dont doit encore faire preuve le mouvement mutualiste.

Il ne viendra à l’idée de personne de penser que les réussites de la mutualité dans la prise en charge du handicap que chacun peut constater en Isère mais aussi dans les autres départements de la région puissent s’exporter du jour au lendemain dans tout le mouvement mutualiste. Pourtant c’est bien la tâche qui est devant nous si nous voulons donner corps à la Charte européenne adoptée à Madrid et signée par la Mutualité française. C’est difficile car faire que la société soit une société pour tous, exige des efforts, des moyens financiers mais surtout la conviction intime et profonde que l’autre, si diminué soit-il, est vraiment un autre moi-même. C’est ainsi que nous concevons la réciprocité.

Le sens de ma présence aujourd’hui avec vous est sans ambigüité. Elle signifie clairement que la volonté de s’engager sur cette voie, de s’investir plus globalement dans les services à la personne est une volonté forte et partagée par tout le mutualisme français.

C’est engagement vous le savez s’est concrétisé de plusieurs façons. La Mutualité française avec ses partenaires de l’Unassad, pour les soins à domicile et avec ceux de l’Uncass pour les centres communaux et intercommunaux d’action sociale va mettre en place, dès le 1er janvier 2006, une enseigne commune destinée à développer les services à la personne. Une des principales missions de cette enseigne nationale sera de référencer toutes les structures offrant des services de qualité car on devine que les temps qui viennent verront une nouvelle opposition d’intérêts éthiques entre les opérateurs qui voudront investir ces nouveaux territoires sur des bases essentiellement commerciales et les acteurs de l’économie sociale à but non lucratif que nous sommes.

Jusqu’ici le champ médico-social se pensait à l’abri ou à l’écart des problèmes que rencontre l’organisation de notre système de santé mais force est de constater que la « marchandisation » du social ne relève pas que du discours idéologique. Je voudrais juste rappeler que la Mutualité française il y a encore quelques semaines dans une lettre signée avec la FEHAP, la FHF, la FNARS, l’UNASSAD, l’UNCASS et l’UNIOPSS s’était inquiétée auprès du ministre de l’Emploi et de la Cohésion sociale des changements introduits par l’ordonnance relative aux procédures d’admission à l’aide sociale et aux établissements médico-sociaux. Ce texte mettait en place un droit d’option entre agrément et autorisation contraire selon nous à l’exigence de qualité qui doit être rendue aux populations les plus vulnérables. Il est normal de maintenir le cadre protecteur institué par la loi du 2 janvier 2002, rénovant l’action sociale et médico-sociale, car la mission irréductible de la loi reste de protéger celles et ceux qui ne disposent pas des ressources physiques ou mentales pour se protéger seul.

L’engagement de la mutualité dans la prise en charge du handicap on le trouve également dans la mise en place des maisons départementales des personnes handicapées lesquelles vont reprendre, notamment, les attributions des 28 sites pour la vie autonome gérés jusqu’ici par la Mutualité française. Un rapport sénatorial nous invite même à aller plus loin en participant financièrement au fonds départemental de compensation du handicap. La question est ici de savoir si la mutualité est invitée à entrer dans ces maisons départementales comme simple payeur ou comme véritable acteur.

Car notre position est sans équivoque : nous voulons être des acteurs. La mutualité veut faire plus et mieux en matière d’intervention auprès des personnes en situation de handicap en apportant notre expertise sociale et notre expérience gestionnaire. De ce point de vue on ne construira pas les économies nécessaires à une nouvelle prise en charge du handicap et de la dépendance par un transfert de charges. Les départements l’ont appris à leurs dépens quand l’Etat leur a confié la gestion de l’APA mais sans leur donner les ressources nécessaires. On comprend dès lors les réticences qui sont celles des conseils généraux à s’impliquer sans crainte dans le développement des maisons départementales.

Pourtant la majorité des conseils généraux comme d’ailleurs la mutualité avait vu un progrès dans la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des chances et la citoyenneté des personnes handicapées. Mais ce qui aurait du rassembler la nation devant cette immense défi des années à venir qu’est la montée en puissance de la dépendance s’est transformée en une véritable fracture en raison du mode de financement choisi pour la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. Cependant la polémique ouverte avec la décision de transformer le lundi de Pentecôte en journée travaillé et non payée aura contribué, même si ce n’était pas le but recherché, à relancer le débat sur la création d’une véritable cinquième branche de la protection sociale.

Tout ceci me conforte dans ma conviction qu’en défendant les droits des plus faibles et des plus démunis ce sont toujours les droits de tous qui progressent car les personnes les plus dépendantes nous rappellent tous les jours que faire société ce n’est rien d’autre que d’organiser la façon dont nous voulons librement gérer nos mutuelles interdépendances.


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