L’entreprise du XXIème siècle sera politique ou ne sera plus

Publié le 18 juin 2019 en accès réservé aux abonné.e.s
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La frontière qui séparait les deux mondes, celui de l’entreprise et celui du politique, s’estompe progressivement. Elle s’efface d’abord parce que les problèmes auxquels nous sommes confrontés ont changé de nature et trouvent souvent leur source dans l’activité économique elle-même. Hier, nous redoutions la famine et la guerre, fléaux émanant de la nature ou de nos gouvernants ; désormais, nous sommes face à la crise écologique et aux problèmes sociaux largement engendrés par notre économie. Elle s’efface, ensuite, parce que leur taille confère à quelques géants mondiaux un pouvoir jamais vu. Ce n’est pas seulement affaire de capitalisation boursière, même si les chiffres donnent le vertige. C’est aussi dans la façon tentaculaire que certains ont d’étendre leur champ d’action. Ainsi, lorsque Google mène des recherches sur l’hybridation entre l’homme et l’intelligence artificielle, promettant un homme augmenté, dans ses capacités comme dans sa longévité, annonçant l’avènement du transhumanisme, il contribue potentiellement à transformer l’homme lui-même, et pas uniquement ses habitudes de consommation ou son environnement. Son rôle politique est évident et son impact plus important que celui de bien des États dans le monde.

Face à cette réalité, une prise de conscience s’affirme. Si l’entreprise continue à ignorer le monde, celui-ci se rappelle à elle.

Cette exigence nouvelle est une véritable chance. C’est elle qui permettra aux entreprises de mettre leurs moyens au service du monde, et qui contribuera ainsi fortement à la résolution de ses problèmes. C’est elle aussi qui leur permettra de se réinventer autour de modèles d’affaires qui font de la contribution et de l’engagement des sources de performance. Face à l’ampleur des défis écologiques et sociaux et face à cette pression sociale croissante, l’entreprise n’aura pas d’autre choix que d’assumer sa responsabilité politique. Que l’on se réjouisse ou que l’on regrette cette évolution en germe, il est temps de penser l’entreprise politique, de l’anticiper, de s’y préparer. Il serait aventureux, je crois, de négliger ce phénomène. Je mesure combien les contraintes du monde moderne à l’égard des entreprises de l’ancienne économie sont considérables. Une concurrence exacerbée par l’ouverture des frontières, une rupture digitale qui bouleverse les marchés et bouscule les situations acquises, une opinion mondiale informée de tout en temps réel et aux attentes inédites : tous les fronts sont ouverts en même temps.

Sur ces sujets, la MAIF a des choses à dire, un témoignage à apporter, une expérience à partager.

Née il y a quatre-vingt-cinq ans d’une volonté de rupture avec les pratiques de marché d’alors, sa réussite économique l’a hissée au rang de grand groupe français assurant aujourd’hui plus de trois millions de ménages. Son exemple a fait des émules : les grandes mutuelles d’assurances ont été créées sur son modèle, souvent à son initiative ou avec son soutien. Avec succès puisqu’elles dominent à présent leur marché, assurant en France six voitures sur dix ainsi qu’une habitation sur deux. Longtemps tiraillée entre deux contraires – une exigence éthique et une contrainte économique ; une volonté de contribuer positivement et une nécessité de compétitivité sur un marché très concurrentiel –, la MAIF est aujourd’hui en passe d’inventer un nouveau modèle d’entreprise qui fait de son engagement une source majeure de sa performance. En cessant d’opposer l’un et l’autre, elle aboutit à un cercle vertueux dans lequel plus d’engagement pour ses parties prenantes et pour le monde crée plus de performance pour elle-même, permettant encore plus d’engagement, etc.

Ma conviction, nourrie par dix années consacrées à diriger l’entreprise, est désormais tranchée : non seulement l’expérience montre que ce modèle fonctionne, mais je crois qu’il est reproductible, transposable quels que soient le secteur d’activité ou la forme juridique. Reproduit à grande échelle, il garantirait à la fois un impact majeur sur le monde et une voie alternative pour une économie européenne qui se cherche face aux États-Unis et à la Chine.

Mon message est simple : un autre modèle est possible et sa généralisation est urgente. Puisse ce livre vous en convaincre.

Source : Linkedin du 23/05/19 par Pascal Demurger

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