Un tournant majeur pour les sauvetages en Méditerranée ?

Publié le 18 septembre 2019 en accès réservé aux abonné.e.s
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Après 15 mois de fermeture des ports italiens, les Etats européens doivent remettre en place un cadre légal et coordonné pour les opérations de sauvetage.

Quinze mois après la fermeture des ports italiens aux navires de sauvetage humanitaires, inaugurée le 9 juin 2018 avec le refus d’accueillir en Italie les 630 rescapés de l’Aquarius, l’Ocean Viking, affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins Sans Frontières, a reçu samedi 14 septembre l’instruction de procéder au débarquement de 82 rescapés vers un port sûr italien. Les personnes secourues ont finalement été débarquées à Lampedusa suite à une opération de transbordement sur des vedettes italiennes. SOS MEDITERRANEE souligne le caractère positif de cette étape et exhorte les Etats européens à amorcer une nouvelle ère dans les opérations de recherche et de sauvetage en mer Méditerranée centrale.

Un mécanisme de débarquement pérenne et coordonné doit voir le jour

Lors de sa première mission de sauvetage au mois d’août dernier, le navire de SOS MEDITERRANEE avait dû attendre quatorze jours avant qu’une solution européenne soit trouvée pour débarquer plus de 350 rescapés à Malte. Au cours de sa seconde mission, les 82 rescapés à bord de l’Ocean Viking ont dû attendre six jours en mer.

« Chaque jour de blocage en mer est un jour de trop. Dans les deux cas de figure, on assiste à des solutions ad hoc » constate Fabienne Lassalle, directrice générale adjointe de SOS MEDITERRANEE France. « Cette situation de gestion au cas par cas qui prévaut depuis 15 mois ne peut plus durer. Nous attendons des Etats européens, qui se réunissent à Malte lundi prochain, qu’ils s’accordent sur la mise en place d’un mécanisme de débarquement coordonné, prévisible et pérenne » ajoute Fabienne Lassalle.

15 mois de chaos dans les sauvetages en Méditerranée centrale
Durant ses deux premières missions, tout comme en août et septembre 2018 à bord de l’Aquarius, l’Ocean Viking et son équipe à bord n’ont eu de cesse de constater les manquements des garde-côtes libyens à leur mission de coordination des sauvetages en Méditerranée centrale, responsabilité officialisée par l’Organisation maritime internationale (OMI) depuis juin 2018 suite au retrait des garde-côtes italiens et à des accords passés avec les pays européens.

Quasiment systématiquement, les garde-côtes libyens n’ont ni signalé aux navires de sauvetage présents sur la zone les embarcations en détresse qui avaient été repérées, ni répondu à l’Ocean Viking lorsqu’il leur envoyait des signalements du même ordre. Une fois les opérations de sauvetage réalisées, ils ont assigné un port en Libye pour le débarquement des survivants, ce qui est contraire au droit maritime international et au droit humanitaire, la Libye ne pouvant être considérée comme un lieu sûr.

L’Ocean Viking et son équipe ont aussi eu à deplorer l’absence de collaboration de la mission européenne puisque les avions de EUNAVFOR MED ne communiquent pas les appels de détresse aux ONG de sauvetage qui sont sur zone et n’ont pas répondu à l’Ocean Viking lorsqu’il essayait d’entrer en communication avec eux. Les bateaux de l’opération Sophia se sont quant à eux retirés de la zone.

Enfin, la criminalisation des ONG de sauvetage continue : l’Ocean Viking est actuellement le seul navire humanitaire à patrouiller dans la zone de recherche et de sauvetage au large des côtes libyennes, la plupart des autres navires d’ONG ayant été mis sous séquestre. Les avions des ONG sont également régulièrement bloqués à terre et ainsi empêchés d’aider à la recherche d’embarcations en détresse.

La solidarité européenne doit être la clé de voute du sauvetage en mer Méditerranée centrale

La solution coordonnée entre cinq Etats européens a marqué le retour de l’Italie à la table des négociations pour le débarquement des rescapés dans un lieu sûr et l’accueil d’une partie d’entre eux. Ce premier geste de l’Italie est un signe encourageant.

« Face à la détérioration grave de la situation en Méditerranée centrale, il faut relancer la solidarité européenne et veiller à ce que cesse la criminalisation des ONG. Les Etats européens doivent impérativement retrouver un cadre cohérent qui permette une coordination efficiente et effective des sauvetages » souligne François Thomas, président de SOS MEDITERRANEE France. « Ils doivent aussi mettre en place au plus vite des moyens maritimes dédiés et assurer les missions de recherche et de sauvetage à la mesure des besoins, pour mettre fin au désastre humanitaire qui perdure ».


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