L’économie solidaire sur le fil du rasoir (In Revue Pour une économie solidaire / ADEPES, février 2002. à lire et à relire ...

Publié le 5 juin 2009 en accès
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L’économie est la science des équilibres et des échanges. Le fait d’y privilégier la solidarité est un simple contrepoids à des excès de l’économie marchande qui ont introduit des déséquilibres systématiques, bien décrits par Pierre Bourdieu dans « la misère du monde » : on ne prête qu’aux riches, la réussite sociale est transmise entre personnes du bon milieu, le pouvoir financier confisque les leviers de commande aux acteurs de terrain ... même chefs d’entreprise. En cherchant les racines de ces déséquilibres, on trouve souvent la peur, le manque de confiance en l’autre et en l’avenir, la sauvegarde des intérêts de la famille, de l’entreprise, des actionnaires.

Lorsque la peur s’inscrit dans nos institutions, elle est capable de produire les mécanismes les plus implacables, des exclusions à l’apartheid. Aller à contre courant de ces tendances spontanées de l’économie « classique » nécessite plus que des bonnes intentions : une réflexion en profondeur sur la source des dysfonctionnements et la mise en place de solutions innovantes, capables d’allier la productivité, l’utilité sociale et la gestion des imperfections humaines et de surmonter la peur. L’économie solidaire est en pleine recherche de ses méthodes et de ses terrains d’application. Elle bénéficie du dynamisme de personnes clairvoyantes et soucieuses de développement durable.

Toutefois, elle souffre de sa faible « rentabilité » immédiate, comparée à des secteurs
plus attractifs en terme de carrière. Elle fait partie du secteur « aidé » c’est-à-dire soumis aux aléas des subventions publiques dans une phase ou l’Etat et les collectivités locales ont inscrit la réforme de l’économie à 0,01 % du budget. On fonctionne encore dans le double jeu de favoriser les entreprises « de pointe » qui emploient des gens très qualifiés et de services aux personnes démunies des aides sociales. C’est une des raisons qui limite le développement professionnel de l’économie solidaire et la cantonne trop souvent dans un militantisme expérimental, limité aux forces du bénévolat et accompagné de quelques « emplois aidés » (...)

Ce n’est pas, en effet, à l’économie de marché de produire les valeurs fondatrices de la civilisation occidentale du 21è siècle. Bien au contraire, elle ne cesse de creuser l’écart entre riches et exclus. C’est la finalité même de l’organisation de l’activité économique qu’il s’agit de redéfinir, en donnant toute leur place à des citoyens.

Jean-François Guilbot, Secrétaire d’ADEPES

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