Entretien exclusif avec Anne Pfersdorff, Présidente du CJDES

Publié le 25 septembre 2015 en accès
Commentaire(s) :

Ressources Solidaires : Le CJDES vient de passer son assemblée générale. La 29ième. Quel bilan tiré de ses 3 décennies ?

Anne Pfersdorff : Difficile de tirer un bilan sur davantage de décennies que je n’en ai vécues. Cela prouve d’ailleurs que le CJDES a bien évolué depuis 1985. Il s’est diversifié, ouvert et a su se renouveler.
Sa mission demeure cependant la même et l’adoption de nouveaux statuts lors de l’AG de juin dernier le montre bien : agir pour faire connaitre et grandir l’ESS et donner envie de s’y impliquer professionnellement.
Le CJDES s’est construit autour de pionniers de l’ESS dans un contexte d’émergence timide du secteur. Aujourd’hui, l’environnement a bien évolué et de manière plutôt favorable aux organisations de l’ESS (même s’il demeure bon nombre d’obstacles au développement de ces même organisations…). Notre association a ainsi contribué à faire émerger des générations ESS, des personnes collectivement engagées au sein du CJDES et désireuses de transmettre. Cette logique demeure toujours.
A cela ce sont ajoutées différentes activités que les administrateurs bénévoles et les équipes animent au fil de l’eau : des sessions de sensibilisation à l’ESS, des clubs de travail entre professionnels de la RSE, de la gouvernance ou de la RH, des soirées-débats pour une « ESS sans langue de bois », des temps de convivialité autour de nos slow apéros et des temps de réflexion plus approfondie autour d’universités. Toutes ces activités viennent répondre aux attentes de militants et dirigeants de l’ESS tout en laissant place aux générations montantes et aux « débutants ». Le CJDES est ainsi devenu un incubateur de générations ESS et ses 3 premières décennies d’existence ont réellement permis la montée en compétence par la force du collectif.

Ressources Solidaires : 2014 a vu voir le vote d’une loi sur l’ESS. Du point de vue du CJDES, facilitera t elle le développement des idées de l’ESS dans la population ?

Anne Pfersdorff : L’année 2014 aura été une étape mais surement pas la ligne d’arrivée. Cette loi se voulait constituer une réponse aux attentes des différentes familles du secteur qui continuent depuis à agir en propre pour faire vivre leurs organisations.
Cependant, les outils apportés par cette loi et le débat avec les pouvoirs publics autour de ce texte auront contribué à renforcer les capacités des organisations de l’ESS à co-exister avec d’autres formes d’entreprendre.
Pour le reste, bon nombre de choses restent à faire et il incombe désormais à nous, acteurs, militants, dirigeants de les mettre en place.
Parmi ces actions, plusieurs nous intéressent au CJDES : faire connaitre, mieux faire et faire plus
Faire connaitre l’ESS, faire émerger de nouvelles générations ESS et faciliter la transmission entre ces différentes générations : cela passe par une ouverture plus forte vers le monde étudiant et l’ensemble du monde professionnel tout en continuant de construire une pensée politique et sociale de l’ESS.
Mieux faire, il s’agit là d’appuyer l’émergence d’innovations dans la recherche de l’intérêt général et d’accompagner les réflexions pour dupliquer ces innovations. Nos clubs en sont un des moyens. Notre Observatoire des pratiques innovantes en est un autre. Ce mieux faire ne peut seulement reposer sur l’individu. Le CJDES offre un cadre collectif pour partager cette responsabilité.
Faire plus. Il s’agit pour nous des secteurs dans lesquels l’ESS peine davantage à s’implanter ou des nouvelles formes de consommation dont les organisations de l’ESS ne se sont pas encore pleinement saisies. Avant de faire plus, l’ESS se pose la question des modalités selon lesquelles elle peut le faire et de l’impact que telle ou telle forme d’activité pourrait avoir. Statut n’a peut-être jamais été vertu mais c’est pourtant lui qui inscrit l’action de nos organisations dans un temps long et dans une contribution à l’intérêt général. Son absence fait donc reposer sur le seul individu qui porte le projet le respect de ces valeurs. Que se passe-t-il au moment ou il vend son entreprise ?

Ressources Solidaires : Une jeune femme a la tête du CJDES, c’est historique. Peut on le voir comme un changement de mentalité dans l’ESS ou un épiphénomène ?

Anne Pfersdorff : Il s’agit peut-être d’une première qu’une femme préside notre collectif mais en réalité nous sommes nombreuses à nous impliquer au sein du CJDES depuis le début. Ce n’est donc ni un épiphénomène ni un changement de mentalités mais une application parfaite du principe de représentativité !
Mais n’empêche qu’il est très agréable de dire que l’ESS n’est pas qu’une histoire d’hommes !
Plus sérieusement, arriver aujourd’hui à la présidence du CJDES est une chance ! Olivier et les administrateurs ont eu à cœur depuis plusieurs années de renforcer les actions du CJDES et de lui redonner du souffle. Il y sont arrivés et les années à venir nous permettront d’avancer en toute sérénité.
J’hérite donc d’un bien précieux, d’une belle responsabilité et compte m’investir pleinement.
Par ailleurs, lorsque Socrate évoquait « Rien n’est trop difficile pour la jeunesse », je pars du principe qu’il avait raison !

Ressources Solidaires : Quelles ambitions pour la nouvelle Présidente pour son mandat ?

Anne Pfersdorff : Générations pro-ESS. C’est le projet collectif adopté à l’occasion de notre AG de juin dernier que j’ai souhaité co-construire pendant plusieurs mois. En trois mots, nous avons souhaité faire la synthèse de nos activités et de celles que nous souhaitons développer. La période au cours de laquelle je prévois de m’investir au sein du CJDES doit permettre de clarifier la contribution que nous avons au sein de l’ESS et de nous affirmer dans ce monde professionnel.
Je souhaite également que nous puissions renouer avec notre mission de réflexion prospective pour anticiper les enjeux auxquels les professionnels et les militants peuvent être confrontés.
Enfin, nous souhaitons renforcer l’émergence d’une jeunesse militante au sein de l’ESS et contribuer ainsi au renouvellement dans les organisations du secteur.
Cette année nous avons tous 30 ans et nous allons d’ailleurs marquer le coup prochainement. Ce sera l’occasion de prolonger les discussions sur le passé, le présent et l’avenir du CJDES. Nous prendrons également de la hauteur pour réfléchir aux nouvelles responsabilités de l’ESS dans le contexte crise/post-crise que nos sociétés traversent. Nous pourrons également nous interroger sur les points communs et les divergences entre les nouvelles formes de citoyenneté consommatrices et l’engagement militant. Cet événement donnera le « la » au CJDES pour les dix prochaines années !



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