Alimentons les régions !

Publié le 22 octobre 2009 en accès
Commentaire(s) :

- Pour le droit à une alimentation saine et équilibrée pour tous,
- Pour une politique foncière agro-écologique,
- Pour l’emploi des jeunes

Intervenons ensemble dans le débat des régionales 2010

- Faire de la question alimentaire une priorité en matière de
développement, ce n’est pas revenir en arrière, mais bien répondre aux défis
auxquels l’humanité est confrontée (crise alimentaire, préservation de la
biodiversité, changement climatique). C’est aussi et surtout ouvrir à l’ensemble
de nos concitoyens une perspective d’emplois, et d’emplois utiles, que ni
l’industrie, ni les services ne peuvent à eux seuls satisfaire. C’est répondre
aujourd’hui à une demande sociale émergente de la part de jeunes, de plus en
plus nombreux, de plus en plus qualifiés, qui aspirent à s’installer
professionnellement dans l’agriculture nourricière. C’est répondre aux difficultés
d’approvisionnement de la restauration collective en matière d’alimentation de
qualité et de proximité.

- Faire de la question alimentaire une priorité, c’est construire avec le Sud
une réponse durable pour en finir avec la faim, en fondant la souveraineté
alimentaire, du niveau local au niveau international, sur des politiques agraires
favorisant la multiplication des lopins vivriers et sur la création de filières de
formation et d’installation massive de jeunes dans les métiers de l’agro-écologie
et de l’alimentation saine.

- Faire de la question alimentaire une priorité, c’est remettre en cause les
politiques d’aménagement du territoire et d’urbanisme qui consomment en
France l’équivalent de 60 000 hectares par an d’espace agricole, soit la
disparition d’un département tous les six ans. C’est utiliser le foncier pour
changer de développement et permettre aux citoyens de reconquérir de
nouvelles libertés, de nouveaux droits.

- Faire de la question alimentaire une priorité, c’est freiner le
développement des grandes surfaces et soutenir le commerce de proximité
indépendant, le développement des marchés de plein air et celui des
infrastructures de transformation et de stockage.

- Faire de la question alimentaire une priorité, c’est remettre en cause un
développement économique qui s’accommode, depuis plusieurs décennies, d’un
niveau de chômage et de précarité salariale élevés, n’épargnant aujourd’hui
aucune classe sociale. Et qui, pour préserver des privilèges exorbitants de
quelques uns, conduit nos dirigeants à sauver sans contrepartie un système
financier malfaisant et injuste, en chargeant les contribuables, les salariés, et les
générations futures d’un très lourd fardeau, sans servir l’économie.

Faire de la question alimentaire une priorité conduit à :
- permettre aux paysans de vivre de leur travail face aux exigences financières
de la grande distribution et de certains secteurs agro-alimentaires. Le
rapport récent de l’Observatoire des prix et des marges permet de bien
mettre en évidence que les producteurs (et notamment les producteurs de
lait) et les consommateurs sont les dindons de la farce d’une politique
publique qui vise à accréditer les slogans publicitaires et mensongers de la
grande distribution s’autoproclamant défenseur du pouvoir d’achat.
- considérer que même si nous avons besoin de tous les agriculteurs, il faut
mettre un terme à une certaine agriculture qui nous nourrit de plus en plus
mal (développement des cancers, baisse de la fertilité) qui épuise et pollue
les sols et l’eau et qui détruit la biodiversité agricole et sauvage. Le
développement des algues vertes en Bretagne lié à la concentration de
l’activité porcine ou la disparition des zones humides du marais poitevin due
aux exigences hydrauliques démesurées des cultures du maïs en sont des
exemples parmi bien d’autres.
- développer et valoriser la biodiversité agricole et sauvage (plantes et
animaux) dans les fermes, favoriser les échanges de savoir faire et de
semences reproductibles entre paysans et jardiniers, promouvoir les races
animales locales rustiques et protéger le patrimoine régional contre les
OGM, la bio piraterie et la concurrence économique déloyale ; diversifier la
production et favoriser l’autoproduction alimentaire.
- concevoir des règles d’urbanisme qui freinent l’étalement urbain et qui
associent la construction de logements sociaux à l’accès à une parcelle de
terre agricole.
- intégrer à l’instruction obligatoire une éducation au jardinage et à la cuisine,
afin de nous rendre moins dépendants des produits transformés de l’agroindustrie.
- offrir à ceux qui le souhaitent, et notamment aux jeunes, la possibilité de
produire et distribuer une alimentation saine accessible à tous et d’avoir
accès aux ressources (foncier, eau, semences reproductibles, petits
équipements, logement…).

Faire de la question alimentaire une priorité, c’est donc l’affaire de tous.
Dans le prolongement de l’action « Alimentons l’Europe » lancée en mai
dernier par Minga et Nature & Progrès pour interpeller les candidats aux
élections européennes, les élections régionales de mars prochain doivent être
l’occasion de mettre ces questions au premier plan en invitant chaque candidat à
se déterminer sur des objectifs précis et quantifiés qui se traduiront notamment
par :
- un plan Emploi régional pour l’installation paysanne, articulé notamment
sur des processus d’apprentissage (initial ou continu) de recherche, de
formation et d’accompagnement pour promouvoir les projets de petite
taille et les techniques de culture agro-écologique, pour répondre entre
autres aux besoins de la restauration collective (hôpitaux, maisons de
retraite, cantines,..)
- une politique foncière ambitieuse pour protéger et développer la
production alimentaire, en priorité en périphérie urbaine
- un comité de suivi citoyen pour apprécier l’avancée de ce plan tout le long
de la mandature (veille citoyenne).

Aujourd’hui, la semence est devenue également une marchandise
confisquée par le droit de la propriété intellectuelle et la terre un objet de
spéculation sans précèdent alimenté notamment par l’étalement urbain et le
mitage de l’espace rural. La mise en débat public de ce sujet va donc soulever de
fortes oppositions. Ce n’est pas un hasard si les timides tentatives
réglementaires de protection n’aboutissent pas (loi de 2005 sur le
développement des territoires ruraux).

Fort de ce constat, nous appelons donc à la constitution d’une large
mobilisation citoyenne pour s’organiser autour de groupes régionaux afin de
concrétiser des propositions en rapport avec les territoires de chaque région
avant la fin de l’année.

A l’initiative de Minga, Nature & Progrès, Frères des Hommes

Premiers signataires :
Réseau Semences Paysannes, Amis de la Terre France, Comité National de Liaison des Régies de
Quartier (CNLRQ), Coopaname, Action Consommation, Confédération Paysanne, Réseau
Ecobatir, les AMAP d’Ile de France, de Rhône Alpes, du Limousin et de la Région PACA, Terre de
Liens Rhône-Alpes

Personnalités :
Dominique Méda (agrégée de philosophie), Jean Gadrey (professeur d’économie), Jacques Testart
(directeur honoraire de recherches à l’INSERM), Isabelle Stengers (philosophe, Université Libre
de Bruxelles), Christian Jacquiau (diplômé d’expertise comptable), Christian Vélot (maître de
conférences en génétique moléculaire à l’Université Paris Sud), Michel Onfray (philosophe), Marc
Dufumier (ingénieur agronome et professeur à AgroParisTech), Philippe Desbrosses (agriculteur,
docteur en Sciences de l’Environnement), François Plassard (ingénieur en agriculture, docteur
en économie), Olivier Porte (réalisateur), Gilles Clement (paysagiste)

Source : En savoir plus ?

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