Webinaire Résister au capitalisme des fonds de pension "Actions et alternatives possibles"

Publié le 24 mai 2022 en accès grand public
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Au cours des quinze dernières années, à GRAIN, nous avons vu les fonds de pension et les autres investisseurs institutionnels intervenir de plus en plus activement dans l’alimentation et l’agriculture dans différentes régions du monde. Leur intervention a pris diverses formes : acquisitions directes de terres agricoles, prises de participations dans des entreprises agroalimentaires ou des fonds de capital-investissement qui sont eux-mêmes de plus en plus investis dans l’alimentation, l’eau et l’agroalimentaire.

Tout cela se traduit par une augmentation de la richesse et du pouvoir des grandes entreprises agroalimentaires. Et cela joue un rôle essentiel dans l’expansion de l’agriculture industrielle et des chaînes alimentaires industrielles dans le monde entier.

Mais le problème est bien plus profond. On estime que les actifs sous gestion des fonds de pension mondiaux représentent aujourd’hui 52 000 milliards de dollars. Il n’est pas exagéré de dire que l’épargne-retraite (c’est-à-dire les salaires différés) des travailleurs représente le carburant numéro un de l’industrie financière mondiale, et cette cagnotte ne cesse de croître chaque année. L’argent des fonds de pension est profondément impliqué dans presque tous les aspects les plus destructeurs du capitalisme mondial et il joue un rôle de premier plan dans son expansion dans des domaines comme la privatisation des services publics.

En raison de leurs investissements, les fonds de pension se retrouvent désormais en opposition aux luttes actuelles des travailleurs et des petits producteurs alimentaires, non seulement sur les systèmes alimentaires et la réforme agraire, mais aussi sur la crise climatique, le logement, les soins de santé, les soins aux personnes âgées, les conditions de travail, les politiques d’austérité et de privatisation et de nombreux autres points sensibles. L’épargne-retraite (c’est-à-dire les salaires différés) des travailleurs est donc de plus en plus utilisée contre d’autres travailleurs et d’autres communautés. Une grande partie du discours sur les investissements « socialement responsables » ou soucieux des critères « environnementaux, sociaux et de gouvernance » n’est qu’une rhétorique de bonne conscience/rassurante, sans aucun engagement substantiel dans le sens d’un changement réel.

Bien sûr, les fonds de pension ne sont pas tous les mêmes. Dans certains pays, les systèmes publics de retraite gérés par l’État fonctionnent encore. Les salaires sont retenus « sur papier » pour être versés après la retraite, mais en réalité, ils servent à financer le coût de la vie des retraités actuels. Ces systèmes, en cours dans des pays comme la Nouvelle-Zélande, l’Inde, la France ou l’Afrique du Sud, ont souvent la confiance et l’estime des travailleurs et sont le fruit de longues luttes et de moments politiques particuliers.

Mais ils sont soumis à une intense pression et ils sont confrontés à la menace de la privatisation et de la financiarisation. Le système de retraite privé qui s’est implanté dans des économies néolibérales plus agressives comme les États-Unis, le Chili, le Royaume-Uni ou le Canada, se développe davantage à partir d’un mode d’épargne individuel, où les salaires sont remis au secteur financier afin de pouvoir le retirer plus tard. Et il existe également une myriade de dispositifs hybrides. Dans bon nombre de ces cas, que ces systèmes soient gérés par le secteur public ou privé, les salaires sont collectés et placés dans des projets d’investissement censés augmenter les capitaux et les richesses. Quelle que soit leur structure, les fonds de retraite rencontrent des difficultés pour survivre en raison du vieillissement de la population, de la baisse des taux de natalité, de la faiblesse des taux d’intérêt et des déficits croissants dans de nombreux pays. Et n’oublions pas que de nombreux travailleurs ne disposent d’aucune épargne-retraite.

Nous pensons que tout cela met en évidence un problème fondamental qui nécessite une transformation structurelle profonde. Il est nécessaire de sortir les retraites des investissements destructeurs comme l’agriculture industrielle, qui détruisent notre santé, le climat et les campagnes. Il faut également repenser la façon dont nous finançons les dépenses courantes et de santé des personnes âgées, sans soutenir des fonds irresponsables et des milliardaires qui échappent à l’impôt.

Si nous trouvons pertinentes des actions visant à amener les fonds de pension à se désengager de certains investissements (par exemple, les campagnes pour les inciter à se retirer des terres agricoles) et à investir dans d’autres (par exemple, des entreprises appartenant aux travailleurs), nous pensons qu’il faut remettre en question l’idée même que les fonds de pension tels qu’ils sont actuellement structurés, sont capables de faire des investissements qui vont dans le sens des intérêts à long terme des travailleurs et des producteurs alimentaires. En réalité, le système actuel ne parvient pas à assurer la sécurité de la retraite de la plupart des gens (même dans les pays du Nord) et la façon dont il/et qu’il draine de plus en plus les capitaux d’une manière qui nuit au bien-être des communautés à travers la planète.

Pour contribuer à la sensibilisation et à la compréhension de ce problème, et encourager la réflexion sur ce qui peut être fait à ce sujet, GRAIN organise deux webinaires de 90 minutes, avec le soutien de A Growing Culture et d’alliés du mouvement syndical qui travaillent depuis longtemps sur cette question. Le but de ces webinaires est d’aider les militants à mieux comprendre le fonctionnement des fonds de pension, les secteurs dans lesquels ils investissent, leurs impacts et ce que l’on peut y faire. Si ces webinaires suscitent suffisamment d’intérêt, ils seront suivis d’une réunion en ligne des militants qui souhaitent discuter d’autres actions collectives. Les webinaires seront ouverts au public et accessibles en plusieurs langues (selon les besoins) et mis en ligne par la suite.

Webinaire 2, 9 juin 2022 à 14 h - 16 h GMT : Résister au capitalisme des fonds de pension
Qu’a-t-on fait jusqu’à présent pour répondre aux problèmes des fonds de pension et quelles en sont les limites de ces actions ? Par quels moyens alternatifs pouvons-nous mieux garantir le bien-être des personnes âgées et les besoins en investissements publics ? De quels exemples d’actions pouvons-nous nous inspirer ?

Introduction : GRAIN - 15 minutes
La lutte du Chili pour transformer son système de retraite : Francisca Barriga (Fundación Sol) - 15 minutes
La lutte contre l’accaparement des terres par les fonds de pension au Brésil : Maria Luisa Mendonça (Rede Social de Justiça e Direitos Humanos) - 15 minutes
Les fonctionnaires canadiens dénoncent la participation de leur fonds de pension à la privatisation des soins de santé - Kevin Skerrett (Syndicat canadien de la fonction publique) - 15 minutes
Discussion libre : partage des expériences, commentaires et questions des participants - 60 minutes

Source : Informations et inscription


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