Economie solidaire : complémentaire ou alternative ?


Claude Alphandéry Préside le Conseil de l’insertion par l’activité économique.
L’économie dopée par les avancées technologiques, la mondialisation, la déréglementation des échanges commerciaux et financiers, crée des richesses impressionnantes. Elle génère simultanément des effets d’exclusion, détruit ou précarise des emplois pour gagner en performance, ignore des besoins s’ils ne lui semblent pas rentables. L’enrichissement global s’accompagne de perte de solidarité, de risques insuffisamment prévenus, de fortes inégalités que l’Etat ne parvient plus à réduire. La société civile n’est pas sans réaction. Elle tend par des initiatives multiples à renouer le lien entre économie et solidarité. Elle donne naissance à des entreprises sociales qui obéissent à une autre finalité que celle du profit, qui ne sont pas pour autant caritatives, qui se situent sur le marché dans des activités récusées faute de rentabilité. Les entreprises de ce type contribuent à l’emploi de millions de personnes ; elles offrent des services individuels et collectifs ; elles ont sur le terrain un rôle irremplaçable pour le développement local et la cohésion sociale. Mais elles n’ont pas la visibilité du CAC 40 ni la faveur des médias. Elles restent fragiles, marginales et souvent déclassées. Quel est leur avenir ? Par quels moyens les renforcer ? Quelle sera leur place dans la société ? Pensent-elles constituer entre l’Etat et le marché un tiers secteur dans une économie pluridimensionnelle ?

Gustave Massiah Président du Crid, membre fondateur d’Attac.
L’économie sociale et solidaire (ESS) ne constitue pas en soi une alternative, mais elle peut y participer. Elle peut aussi servir de masque à la logique dominante. L’alternative résulte de l’inscription dans une stratégie. Au modèle dominant qui propose l’ajustement au marché mondial, la priorité aux exportations, la régulation par le marché mondial des capitaux. L’alternative pourrait mettre l’accent sur les marchés intérieurs et l’emploi, le développement local, la régulation publique fondée sur l’intérêt général, et sur l’accès pour tous aux droits fondamentaux, l’articulation entre démocratie représentative et participative. L’ESS, élargie à l’économie locale et de proximité, peut s’inscrire dans cette stratégie. Pour définir les limites de l’ESS, la forme juridique n’est pas indifférente ; elle ne suffit pas à caractériser ce secteur ni à garantir son évolution. Le devenir d’une mutuelle d’assurances peut aller d’AXA à la Macif. L’ESS a ses contradictions. Elle peine à conserver son autonomie dans une société caractérisée par deux représentations, l’entreprise ou l’administration, qui résument le rapport entre le pouvoir économique et le pouvoir politique. Il lui faut faire preuve d’efficacité et de pérennité. L’entreprise propose la rentabilité monétaire et la continuité de l’actionnariat ; l’administration propose la hiérarchie et l’institutionnalisation. Elles considèrent toutes les deux l’ESS comme une forme transitoire. Les structures de l’ESS doivent mettre en évidence ce qui les spécifie : la propriété collective et sociale, la mutualisation et la coopération.



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