Lancement de CIDES, Chorum Initiatives pour le Développement de l’Economie Sociale

Publié le 2 mai 2007 en accès
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La rencontre dédiée au lancement de CIDES - Chorum Initiatives pour le développement de l’économie sociale - a réuni plus de 160 personnes le 3 avril à l’Hôtel Le Méridien à Paris.

CIDES est un pôle de recherche et d’action pour l’économie sociale, et a pour vocation de contribuer au renforcement de l’attractivité du secteur afin de construire, dans une démarche commune des solutions adaptées aux défis individuels et collectifs auxquels se trouvent confrontés les professionnels de l’économie sociale. Lors de cet événement, eut lieu tout d’abord une présentation de l’histoire de CIDES réalisée par le président, Jean-Marie Prouteau ; elle fut suivie de trois interventions consacrées aux stratégies de développement de l’économie sociale, et à ses mutations, prononcées respectivement par Marie-Hélène Gillig (CEGES), Scarlett Wilson-Courvoisier (DIIESES) et Guy Herry, président de CPM-Chorum. Dans un deuxième temps, cette rencontre a eu pour objet de faire connaître les réponses de CIDES à travers les actions déjà menées quant aux enjeux sectoriels autour de trois axes : le soutien à une offre solidaire de proximité, l’accompagnement des publics fragilisés, et le renouvellement de la gestion des ressources humaines. Enfin, et dans la continuité des travaux précédents, la directrice générale adjointe de CPM-SNM Chorum, Brigitte Lesot, a présenté le plan d’action de CIDES pour l’année à venir.

Vous trouverez ci-dessous des extraits de cette rencontre.

Jean-Marie Prouteau, président de CIDES
Présentation de CIDES

« CIDES est une structure qui vient conforter l’engagement de Chorum, en faveur de l’économie sociale (…), et qui a pour vocation d’accompagner nos structures adhérentes, tant dans leurs activités de prestataire de services à la personne que dans leur responsabilité sociale en qualité d’employeurs ». C’est pourquoi « des programmes d’action vont être développés en partenariat avec les organisations professionnelles d’employeurs et de salariés, mais aussi avec les mouvements fédératifs et leurs centres de ressources. CIDES est en effet un projet construit par et pour le réseau de l’économie sociale dont les membres relèvent de nos institutions. Cette approche se concrétise d’abord au travers des projets développés mais aussi dans sa gouvernance. CIDES prévoit un comité d’orientation en cours de constitution qui devra respecter un équilibre politique et sectoriel avec l’intégration d’acteurs emblématiques et représentatifs à côté de la représentation paritaire des employeurs et des salariés. Ce comité aura pour rôle de contribuer à la définition des programmes d’action pertinents, comme ceux qui vont vous êtes présentés ici-même. »

Deux points de vue sur les stratégies de développement de l’économie sociale
Marie-Hélène Gillig, déléguée générale du Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale (Ceges) et Scarlett Wilson-Courvoisier, conseillère technique – DIIESES, Délégation interministérielle à l’innovation, à l’économie sociale et à l’expérimentation sociale.

Marie-Hélène Gillig
Affirmer l’existence d’une économie plurielle

« Pour le secteur tout entier (…), la question des stratégies de développement est nouvelle. » Et, elle est d’autant plus nouvelle « qu’aujourd’hui, elle se pose dans le cadre d’une stratégie collective » pour l’ensemble de l’économie sociale. Il s’agit pour le Ceges de l’aborder de manière institutionnelle, « et d’installer le Ceges comme la plate-forme nationale identifiée qui représente véritablement l’ensemble des acteurs de l’économie sociale » afin d’être « un véritable interlocuteur des pouvoirs publics, de donner une visibilité collective aux modes différents d’entreprendre, qui sont les nôtres, qu’il s’agit de légitimer, en fournissant et en ayant des éléments de statistiques et de connaissance du secteur (…), et en participant aux débats par exemple dans le cadre de la définition de politiques publiques ». Il s’agit également de « faire reconnaître et affirmer que nous souhaitons vivre dans une économie que nous qualifions de plurielle. » Soit une économie qui « accepte » notamment qu’il existe des « entreprises de personnes et non de capitaux (…). Et cette reconnaissance n’est aujourd’hui absolument pas effective, malgré de beaux discours ». C’est pourquoi, le Ceges a demandé, dans le cadre de son interpellation aux candidats à l’investiture présidentielle, que l’économie sociale soit reconnue, dans les textes, la formation, que les employeurs du secteur soient reconnus comme des partenaires sociaux, que les chambres régionales de l’économie sociale aient une place à part entière, que les formes d’entreprises de l’économie sociale, coopératives, ou autres soient prises en compte, etc. « Voilà des questions qui sont les conditions de reconnaissance d’une économie plurielle dans laquelle nous envisageons le développement économique et social de notre société ».
Cela signifie aussi « qu’il nous faut prendre des positions collectives », ce qui n’est pas facile, « mais des efforts sont à l’œuvre dans les services à la personne, et par rapport aux diverses questions au niveau européen, ce qui est déjà le cas, concernant la directive Services (…). Nous pouvons être efficaces ». L’enjeu majeur pour les entreprises de l’économie sociale est de savoir se présenter comme des entreprises du XXIe siècle. Cette perspective doit se bâtir autour de trois points : « l’articulation entre la notion de militance et celle de gestion, les modes de gouvernance, le développement dans l’innovation. CIDES qui se propose d’accompagner le développement de l’économie sociale a toute sa place à prendre dans cette perspective ». Par ailleurs, « il nous faut nous organiser collectivement, et il est nécessaire d’avoir des structurations minimales (…). J’espère que, dans cette démarche, CIDES, pourra aider l’ensemble des acteurs à acquérir et à améliorer cette volonté de construction collective qui est indispensable pour tout acteur ».

Scarlett Wilson-Courvoisier
Mettre en valeur l’innovation

La Délégation interministérielle a traversé depuis 1982, date de sa création, des « périodes d’enthousiasme, et de résistance (…). Les périodes d’enthousiasme correspondent à une convergence entre la volonté des acteurs de l’économie sociale et celle des pouvoirs publics. Sans cette convergence, cela ne fonctionne pas. Cependant, d’une manière générale, on peut dire que la Délégation témoigne d’une fidélité des pouvoirs publics à un soutien sincère à ce que représente l’économie sociale et solidaire. Notre stratégie de développement se traduit depuis deux ans par un recentrage autour de l’innovation et de l’expérimentation sociale qui passe par des appels à projets dans ce domaine. Ces derniers, qui se sont déroulés en 2006, sur quatre régions, ont fait remonter beaucoup de projets, dans l’ensemble, pas très innovants, autour de l’insertion sociale et professionnelle. En 2007, les appels ont concerné les pistes d’innovation dans toutes les régions et se sont déroulés autour des thématiques du plan de cohésion sociale, logement, emploi, l’égalité des chances. Ce qui a permis de constater que les besoins sociaux sont énormes (…), particulièrement dans la petite enfance, dans le domaine de la dépendance des personnes âgées et dans celui du handicap, etc., ce point rejoint d’ailleurs les préoccupations de CIDES. »
Ces projets détectés sont-ils tous innovants ? « Nous devons y travailler pour avoir un observatoire de veille permanent de l’innovation (…). Il faut faire, et c’est à nous avec les partenaires de l’économie sociale et solidaire de faire mieux prendre en compte par l’Etat l’expérimentation sociale et l’innovation sociale ainsi que de nouvelles formes d’organisations et d’entreprises ». La DIIESES mène d’autres actions pour le développement de l’économie sociale et solidaire. « Nous réalisons avec les chambres régionales de l’économie sociale des diagnostics en région autour des conditions de l’expérimentation et de l’innovation sociale, pour leur permettre de mieux se développer (…). Dernier point de notre stratégie de développement : nous établissons avec les Directions régionales de l’INSEE, des universitaires, des chercheurs, et des acteurs régionaux de l’économie sociale et solidaire des statistiques pour savoir région par région le nombre d’emplois salariés que représente l’économie sociale et solidaire (…). D’autre part un conseil supérieur de l’économie sociale a été relancé en 2006. Et dans ce cadre, une commission sur les Services sociaux d’intérêt général a été mise en place et nous allons travailler de manière prospective ».

Les réponses de CIDES aux enjeux de développement du secteur

Trois tables rondes ont été consacrées aux réponses qui ont d’ores et déjà été apportées concernant le développement du secteur, à travers une présentation d’initiatives et de recherches soutenues par CIDES : les Pôles de coopération en réseau initiés par l’Uniopss, une recherche action sur les travailleurs handicapés vieillissants en Esat (Etablissements et services d’aide par le travail), et une étude sur le renouvellement de la gestion des ressources humaines menée en partenariat avec la Fonda dont un éclairage figure ci-dessous.

Table ronde sur le renouvellement de la gestion des ressources humaines
Cette dernière séquence a rassemblé Jean-Pierre Worms, président de la Fonda, Frédérique Decherf, directrice générale adjointe de l’Una, Jean Roger secrétaire fédéral culture, animation, sports à la CFDT et Gérard Sanvicens, délégué général, Fédération des centres sociaux et socio-culturels de France.

Jean-Pierre Worms
Les points d’attractivité du secteur

A la lumière de cette étude, qui s’est déroulée en 2006, et qui a été menée dans le secteur associatif, coopératif et mutualiste « l’essentiel est de poser les bonnes questions sur comment et quoi valoriser dans les entreprises de l’économie sociale. Mais l’économie sociale est confrontée à quatre défis : celui des services, parce que l’on est dans une économie de plus en plus de services avec une concurrence accrue du secteur marchand et du secteur administratif (…), celui de l’exigence des usagers qui se veulent des consommateurs, celui de l’accroissement de la population dépendante et de l’arrivée de nouveaux retraités actifs, et celui d’un l’engagement différent des militants ».
Mais quels sont les principaux atouts de l’économie sociale face à ces défis ? « La valorisation du capital humain qui réside dans les fondements mêmes de l’économie sociale (…), et qui peut répondre ainsi à une exigence très moderne des individus, à savoir être valorisés dans ce qu’ils font. Le projet social, qui est au cœur de l’entreprise de l’économie sociale (…), et le rapport au temps et à l’espace (…), qui est différent de l’économie classique « parce les organismes sont inscrits dans une gestion longue de la durée (…) et travaillent dans la proximité territoriale. Ce qui constitue une dimension structurelle » et sont de véritables avantages comparatifs. Quelles sont les réponses potentielles de l’économie sociale en fonction de ces avantages comparatifs ? Parmi les réponses, figure « un management fondé sur une gouvernance partenariale, une relation entre la solidarité interne et la solidarité externe, la démocratie comme mode de management et l’intégration du sens dans le professionnalisme ».

Jean Roger
Chercher des pistes d’attractivité dans des relations sociales innovantes

L’économie sociale ayant des contraintes budgétaires fortes, son attractivité, « elle doit la chercher dans d’autres pistes, et notamment dans des relations sociales innovantes, dans la prévoyance, la mutuelle, la sécurisation des parcours, la formation professionnelle à l’instar de l’accord qui a été passé récemment dans ce domaine ». Dans cette perspective elle doit développer la validation des acquis de l’expérience professionnelle, « comme cela est déjà le cas, dans les associations sportives (…). Elle doit aussi chercher à mutualiser les emplois dans des groupements d’employeurs. En ce qui concerne l’usure professionnelle dans le secteur, il faudrait mener des politiques de reconversion. CIDES peut concourir à l’ensemble de ces pistes et être un lieu de valorisation de bonnes pratiques sociales ». Dernier point : quant aux salaires alignés souvent sur le Smic dans le secteur associatif, en raison notamment des contrats aidés qui sont très nombreux et dont la durée s’est raccourcie « il serait bon de réfléchir à leur durée et d’aligner les salaires sur les conventions collectives et non pas sur le Smic ».

Frédérique Decherf
L’aide à domicile doit sortir de l’image des petits boulots

Pour Frédérique Decherf, il existe dans l’aide à domicile « aujourd’hui une véritable politique de ressources humaines (…). Par exemple, chaque année, actuellement un à deux accords de branche sont signés », et des progrès importants ont été réalisés dans l’accession à des diplômes dans le secteur de l’aide à domicile. La professionnalisation est un axe prioritaire : « on a identifié des compétences (…), et des formations en région sont mises en œuvre ». Pour rendre le secteur plus attractif, « on a besoin de sortir de l’idée des petits boulots ». Plusieurs pistes de travail sont en cours et certaines ont déjà commencé à se mettre en place. Parmi celles-ci, il faut « valoriser la formation initiale (…), travailler sur le temps de travail pour ne pas créer des travailleurs pauvres (…), identifier les risques professionnels (…) ». L’étude sur la pénibilité qui va être menée avec CIDES va dans ce sens.

Gérard Sanvicens
Innover sur le travail associé

Il faut « imposer la spécificité du travail associatif », car les centres sociaux, à l’instar de nombreuses associations « sont confrontés à l’évolution de certains modèles d’activité (…). Nous devons repenser le cœur des questions (…), et si le secteur associatif n’est pas un secteur d’innovation et de créativité, il est condamné à être uniquement dans une position défensive contre la logique de la concurrence, concurrence du marché et concurrence administrative ». Il faut donc se donner des pistes d’innovation sur le travail associé que constitue le modèle de l’emploi dans les associations avec les bénévoles, le salarié, les personnes relevant de dispositifs d’insertion, des partenaires « et un dialogue social très particulier parce qu’il n’intègre pas les financeurs ». Très concrètement la FCSF démarre donc cette année avec le soutien de CIDES une expérimentation GPS’actifs « pour prévenir les crises et apprendre à piloter son projet ». Elle est destinée aux dirigeants bénévoles et aux salariés. Par ailleurs, « nous cherchons à créer et allons expérimenter au cours des trois prochaines années une structure de portage de l’emploi Coopairnic à travers notamment un groupement collectif et coopératif de salariés ».

Brigitte Lesot, directrice générale adjointe, CPM-SNM Chorum
CIDES : d’autres projets en marche pour consolider le secteur

Brigitte Lesot a présenté le plan d’action de CIDES pour les années à venir. Les principaux points de ce plan d’action sont bâtis, comme en ont témoigné l’ensemble des travaux qui ont été présentés durant l’après-midi sur l’attractivité du secteur et sa professionnalisation, ainsi que sur la prévention. D’autres projets sont en marche pour les années à venir dans le cadre du plan d’action de CIDES, « notre volonté étant, rappelle Brigitte Lesot, de travailler avec et pour le réseau de l’économie sociale au niveau national et régional, de promouvoir cette dernière en accompagnant les employeurs dans leur responsabilité sociale vis-à-vis des salariés et des bénévoles (…), en partageant et en valorisant les expériences ».
En ce concerne l’attractivité du secteur, « et plus précisément dans le cadre de l’étude quantitative et qualitative sur le management, qui a été présentée précédemment par Jean-Pierre Worms, des travaux seront publiés avant la fin du premier semestre 2007 et des pistes de préconisations seront explorées de manière concrète, en organisant des réunions de réflexion en régions notamment avec des financeurs (…) ». D’autre part, dans certains secteurs de l’économie sociale, l’usure professionnelle étant assez marquée et « les taux de sinistralité étant importants. Il nous faut travailler sur la prévention pour de meilleures conditions sociales afin de maîtriser les coûts de protection sociale. Ce qui se traduira notamment par un soutien aux structures à travers un kit de prévention concernant la santé au travail et les risques professionnels. Ces outils sont un moyen de transformer une obligation légale en un acte de management ». D’autre part, « un baromètre santé au travail, initié par Médéric, qui a trait à des problèmes de santé publique, telle que la tabagie, etc., sera expérimenté auprès de certains de nos grands comptes. On pourra ensuite mesurer les résultats ». De même et toujours « dans le cadre de mesures d’accompagnement en faveur d’une meilleure prévention, une recherche action autour de la pénibilité au travail des auxiliaires de vie à domicile, va être menée avec l’Una et la Mutualité française, comme Frédérique Decherf de l’Una en a parlé au cours de la dernière séquence ». La démarche de cette recherche action est la suivante : mieux connaître les causes, évaluer la pénibilité, mettre en évidence les critères clés d’amélioration, identifier les bonnes pratiques des employeurs et identifier celles à mettre en œuvre par les professionnels. Cette recherche action est aussi un moyen de soutenir la professionnalisation, ainsi, le travail élaboré permettra de constituer un référentiel en direction du réseau de l’Una, et pourra être étendu à d’autres réseaux, à l’instar par exemple de celui de la Croix-Rouge ».



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